En 2025, 906 enfants haïtiens ont été enrôlés par des groupes armés, soit trois fois plus qu’en 2024. Le chiffre, alarmant, a été confirmé par Salwa Moussa, cheffe de la communication de l’UNICEF Haïti, jointe ce jeudi 12 février 2026 par Port-au-Prince Post. Derrière ces statistiques, ce sont des trajectoires brisées, des salles de classe vidées et une génération fragilisée.
Des enfants transformés en soldats : Ils ont 10, 11 ou 13 ans. Ils ne vont plus à l’école. Certains montent la garde aux abords des quartiers contrôlés par les gangs. D’autres transportent des munitions, servent d’éclaireurs ou manipulent des armes parfois plus lourdes que leur propre corps. Le recrutement d’enfants n’est pas un phénomène nouveau en Haïti, mais il connaît aujourd’hui une accélération inquiétante, portée par l’expansion territoriale des groupes armés et l’effondrement des services publics dans plusieurs zones urbaines.
Pourquoi les enfants ? Plusieurs facteurs expliquent cette dérive. D’abord, un enfant coûte moins cher qu’un adulte. Il est plus facile à influencer, plus vulnérable face aux promesses d’argent ou de protection. Dans des quartiers où l’État est absent, où les écoles ferment et où les familles peinent à se nourrir, le gang devient tour à tour employeur, protecteur et source de revenus.
Un adolescent de 13 ans, rencontré au début de l’année 2025 dans les rues de Delmas par Port-au-Prince Post, raconte avoir été recruté à 11 ans : « On m’a donné un téléphone et 5 000 gourdes. Ma mère ne pouvait plus me nourrir. Le gang, oui. » Pour ces enfants, l’adhésion au gang n’est pas toujours un choix idéologique, mais une stratégie de survie.
Un marché noir de l’enfance : Les organisations de défense des droits humains dénoncent l’installation d’un véritable système d’exploitation. Dans certains quartiers, la “valeur” d’un enfant se mesure à son obéissance et à sa capacité à garder le silence. Le recrutement précoce ancre les mineurs dans un cycle de violence difficile à briser, compromettant toute perspective d’éducation, d’insertion professionnelle et de stabilité à long terme.
Des efforts insuffisants face à l’ampleur du phénomène L’UNICEF et ses partenaires locaux mènent des opérations de prévention, de protection et de réinsertion. Des enfants sont extraits des gangs et bénéficient d’un accompagnement psychosocial et éducatif. Mais ces interventions, bien que cruciales, restent limitées face à l’ampleur du phénomène. Pendant que certaines vies sont sauvées, d’autres basculent chaque jour dans l’engrenage de la violence.
Une génération en péril Au-delà des chiffres, c’est l’avenir même du pays qui est en jeu. Chaque enfant arraché à l’école est un adulte de demain privé de repères, de formation et de perspectives. Haïti ne perd pas seulement ses enfants. Elle hypothèque sa capacité à se reconstruire dans vingt ans.
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