C'est l'humiliation de trop pour la communauté haïtienne de Springfield. Des mères de famille, des travailleurs sans casier judiciaire, des voisins qui vivent ici depuis des années, sont désormais traités comme des délinquants dangereux.
Leur crime ? Avoir été bénéficiaires du Statut de protection temporaire (TPS). Depuis la fin du TPS le 27 juillet, l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) a convoqué au moins une douzaine de ressortissants haïtiens de Springfield dans un bureau à Blue Ash, près de Cincinnati. À la sortie, tous avaient le même stigmate : un bracelet électronique serré à la cheville. Une balise. Comme on en met aux criminels en liberté surveillée.
Viles Dorsainvil, du Springfield Haitian Support Center, raconte l'indignité de la scène. Des gens convoqués par lettre, sommés de se présenter avec leurs papiers sous peine d'arrestation, interrogés, puis marqués. Il raconte cette mère rentrée chez elle, honteuse, qui cachait sa cheville pour que ses enfants ne voient pas le boîtier qui clignote. « On les fait passer pour des criminels », s'indignent les défenseurs des droits. Et pour cause. Ces Haïtiens n'ont pas été arrêtés pour un délit. Ils ont simplement vu leur protection humanitaire révoquée par une décision politique à Washington.
L'administration se défend en parlant d'une « alternative à la détention ». Une formule administrative glaçante pour justifier le traçage d'êtres humains. Le département de la Sécurité intérieure refuse même de dire combien de personnes sont concernées et selon quels critères.
On leur donne 30 jours avant une audience qui pourrait signer leur expulsion vers Haïti, un pays que les États-Unis eux-mêmes considèrent comme trop dangereux pour y vivre. Trente jours à vivre avec un bracelet qui gratte, qui sonne, qui rappelle à chaque pas qu'on est indésirable.
À Springfield, on se souvient. C'est cette même communauté qui avait été jetée en pâture pendant la campagne présidentielle de 2024, accusée à tort par Donald Trump et JD Vance de voler et de manger les chats et les chiens de leurs voisins. Des mensonges démentis, mais qui avaient valu à la ville des alertes à la bombe contre ses écoles.
Aujourd'hui, ce ne sont plus des mensonges sur les réseaux sociaux. C'est un bracelet en plastique et en métal, bien réel, qui enserre leur cheville.
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