Port-au-Prince, 8 juillet 2026 – Devant ses homologues de la CARICOM réunis pour la 51e Conférence des Chefs de gouvernement, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a livré un discours teinté d’optimisme sur l’état d’Haïti. Sécurité en voie de rétablissement, institutions consolidées, élections en préparation : le récit officiel se veut porteur d’espoir. Mais à l’examen, le communiqué diffusé à l’issue de son intervention accumule les déclarations d’intention sans livrer le moindre élément vérifiable.
Des « progrès » sécuritaires sans preuves : Le chef du gouvernement évoque « des progrès enregistrés dans la lutte contre l’insécurité », mentionnant la reprise de plusieurs territoires et le renforcement des forces de sécurité. Problème : aucun territoire n’est nommé, aucun bilan chiffré n’est présenté, aucune opération précise n’est citée. Le gouvernement demande donc aux partenaires régionaux de croire sur parole à une amélioration que rien, dans le texte, ne permet de mesurer.
Un processus électoral opaque : Même flou sur le plan politique. Le Premier ministre assure que des « avancées » ont été réalisées pour organiser des élections « libres, crédibles et inclusives ». Pourtant, le communiqué ne dit rien du calendrier, des étapes franchies, ni des garanties prévues pour assurer la transparence du scrutin. L’engagement est réaffirmé, mais les conditions de sa réalisation restent dans l’ombre.
Une contradiction sur la Force multinationale : Le contraste devient flagrant quand le Premier ministre sollicite, dans le même texte, un appui renforcé de la CARICOM pour renouveler le mandat de la Force multinationale d’appui à la sécurité. Si la situation sécuritaire s’améliore réellement, pourquoi plaider pour une assistance internationale élargie ? Le communiqué vante des succès tout en admettant, en creux, que le pays reste dépendant d’une présence étrangère pour contenir les gangs.
L’intégration régionale comme horizon lointain : Alix Didier Fils-Aimé affiche aussi la volonté d’approfondir l’intégration d’Haïti au Marché et à l’Économie uniques de la CARICOM. Ambition légitime, mais qui paraît déconnectée des urgences. Comment parler d’intégration économique quand les conditions minimales de sécurité et de gouvernance démocratique ne sont pas encore réunies ? Le communiqué ne propose aucune feuille de route pour concilier ces priorités.
La conclusion empile les formules : « solidarité régionale », « détermination du peuple haïtien », « engagement du gouvernement », « soutien des partenaires ». Des mots qui relèvent davantage du discours institutionnel que du bilan de gouvernance. Affirmer qu’Haïti est « résolument engagée sur la voie de la sécurité, de la stabilité et du retour à l’ordre démocratique » ne suffit pas : encore faut-il l’étayer par des faits, des dates, des indicateurs.
Au final, e communiqué privilégie l’image à la substance. Il cherche à rassurer la CARICOM, à montrer un État en marche, mais il ne livre ni données, ni calendrier, ni résultats tangibles. En l’absence d’éléments vérifiables, le texte apparaît comme un exercice de communication politique destiné à masquer la fragilité persistante du pays. Derrière le volontarisme affiché, ce sont les silences et les imprécisions qui dominent.
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